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La croisière des damnés.

- je vous le dis cher ami, je n’ai rien fait de ma chienne de vie. J’ai promené ma carcasse flétrie par les eaux de milles hivers, de port en port.
- Vous dites que vous fûtes de l’étrange odyssée.
- Je le fus, il y a longtemps, quand dans un dernier souffle de désespoir je me réveillais tôt ce matin comme si le sort s’acharnait vilainement comme la peste à me pousser dans les bras de ce voyage.
- Nous sommes chez Chergui entre braves gens. Allez cher ami livrez moi votre cœur.
- je vous raconterai mon histoire puisque nous sommes entre braves gens convenables et que le Whisky est fort honorable.
- fort honorable comme disait Jean Ray. Vous toussez drôlement mauvais.
- mes poumons souffrent de la phtisie qu’il a dit mon médecin. Mon mouchoir de ma toux rougeoie. Je crois que je prendrai bientôt le dernier chemin chez Chergui. Mais je ne vous ferai pas languir voici mon histoire.
                        ***
Une douce brise soufflait sur le port chargés des senteurs âcres de ma mer. Une brume matinale rendait terne les premières lueurs du soleil. La ville s’éveillait amorphe comme si elle voulait éviter une autre journée d’ennui.
Je hantais les ruelles de la misère putride qui asphyxies les passions et où se perdent les illusions. Les pauvres marins que nous sommes n'ont que la mer à qui raconter notre mélancolie. Le smog enveloppait la ville avec ses formes confuses et crépusculaires, et où il vous semble rencontrer un fantôme à chaque pas. J’avançais péniblement vers le port, quand du milieu du brouillard une silhouette jaillit. Celle d’un homme proprement habillé, portant un uniforme de marin d’une blancheur immaculée que la fange n’osait point salir. Il paraissait sans âge et arborait une belle barbe blanche finement taillée.
- vous ne l’aviez jamais vu auparavant ?.
- non, mais je ne l’ai jamais oublié. Parfois son apparition vient hanter mes rêves de vieillard, il s’est adressé a moi d’une voix douce qui résonne encore dans mes souvenirs.
-«  Eh vous la bas vous cherchez du travail ? »
- «  oui que je lui ai répondu ».
- « savez vous conduire un bateau ? ».
- « je suis le meilleur navigateur de la région »
-«  j’ai un convoi pour ce soir à minuit précise. Vous aurez cent livres pour conduire un vaisseau à une destination que je vous indiquerai une fois que nous serons au large ».
- « cent livres mais c’est une fortune, monsieur pour cette somme je suis prêt à vous conduire même en enfer. »
-« Oh là mon petit » qu’il m’a répondu d’un ton sévère.«  Ne dites jamais de telles paroles. Voici votre argent. Soyez a cette même place à minuit précise pas avant pas après. Mais rappeler vous de ceci, c’est un pacte à respecter scrupuleusement, vous ne devez posez aucune question, ni au sujet de notre destination, ni au sujet des personnes que nous devons transporter ».
-«  oui, chef je serai discret comme la mort ».
J’eus droit de nouveau à son regard sévère.
- « une dernière chose mon petit, vous reviendrez par vos propres moyens. Une barque vous attendra, vous l'utiliserez pour revenir. »
-«  Le bateau et son équipage ne reviendront donc pas ? ».
-« pas de question mon petit cela fait parti du marché. ».
- «  à minuit alors ».
Je suis parti aussitôt et quand le soir vint, je me mi à rêver de ma fortune. Cent livres de quoi boire jusqu’à l’éternité un fort honorable whisky comme disait jean Ray.
Le whisky est un frère bien indulgent, il vous aide à supporter aisément la misère dans les tavernes miteuses pour les marins délaissés par le temps que nous sommes.
Ma maigre silhouette, se profilait dans les rues de Londres éclairée par la lune et bercée par les étoiles.
De la pénombre engluée par la crasse des murs, une plainte surgit. Elle avait la résonance d’un cristal que le temps a fané.
Dans l’embrasure d’une porte misérable se terrait un homme qui tenait la main d’une fillette m’interpella :
- « monsieur du secours pour ma fille ».
« Il va me délester de mon argent en m’attendrissant avec le sourire de reine de son enfant. Une enfant de douze ans belle comme la rosée du matin et famélique comme un arbre meurtri par l’automne. » Pensais-je.
Je lui ai répondu méchamment
«  passez votre chemin miséreux, toi et ta fille ».
-«  monsieur du secours » pour ma famille répéta-t-il sa plainte.
- « qu’est ce qu’elle a votre fille ? ».
-«  vous ne le voyez, pas elle est chez Chergui le chemin de la fin ».
Oh mon dieu chez Chergui, le chemin de la fin. Oh mes frères de toutes les mers il y a partout un Chergui dans chaque port, pour accueillir notre carcasse pourrie. Chez Chergui que de fois j’ai entendu cette phrase dans les tavernes où le whisky cache les ruines. N’avez vous jamais entendu le vent qui caresse la houle par un soir d’hiver ?.
-«  une livre brave monsieur, j’en ai besoin de cent ».
Un livre c’est une fortune pour un marin, cent c’est la fête. Cent livres pour une âme.
Misère je ne sais pas ce qui m’a pris, je lui ai donné toute ma fortune.
Peut être était ce le sourire éternellement désolée de sa fille.
Mais quand je leur ai tourné le dos, dans le l’obscurité misérable et crasseuse, j’ai cru entendre la voix d’un homme qui pleurait.
Le chemin de la fin, c’est notre cruelle destinée qui nous poursuit.
N’avez-vous jamais vu des enfants qui s’amusent dans les ruelles pourries par la vermine de la misère, et de la pauvreté où le destin s’écoule comme une rivière nauséabonde. On ne plaint jamais la misère.
                        ***
- N'avez vous jamais regretter d’avoir donner ces cent livres à un inconnu ?.
- le regret et une vertu des riches, les pauvres marins pouilleux que nous sommes errent à travers les mers. Non, je ne l’ai jamais regretter.
- encore un verre de ce whisky fort convenable.
- vous me comprenez, je vous aime presque comme un frère. Encore un verre.
- voulez vous continuer vote récit s’il vous plaît. Il m’intéresse fortement.
- à minuit, je devais rejoindre l’homme qui m’avait payé. Mais par curiosité je suis allé une demi-heure en avance.
- vous n’avez donc point respecter votre pacte ?.
- la curiosité mon ami, est belle quand on la satisfait, elle vous mord et les regrets poursuivent toute votre vie si vous lui témoignez de votre ingratitude.
Je vous raconte la suite.
                        ***
La nuit avait envahi Londres et le smog épais portait en lui toute la moiteur sale de la ville.
Je me suis faufilé comme une ombre lasse, vers l’endroit du rendez-vous. Je n’oublierai jamais la vision que j’ai eue .
Le marin que j’avais rencontré ce matin se tenait majestueux devant un grand navire aux couleurs sombres de l’enfer.
Une longue file d’hommes et de femme attendaient leur tour devant le grand navire. Puis, petit à petit ils ont commencer à monter à bord.
Le marin tenait un grand livre à la main et contrôlait, un à une les embarquants. Ils avaient une allure piteuse, vêtues de haillons et à la démarche hésitante et tremblante. Ils dégageaient l’odeur maléfique de la mort.
Je me suis approché d’avantage et j’ai pu entendre des paroles effrayantes. Le marin contrôlait chaque personne qui avançait pour embarquer.
- monsieur Johns, naufrageur très mauvais. Embarquez vilain charognard.
 L’homme résigné le dos voûté, l’âme brisée grimpa lamentablement les marches de la passerelles et disparu dans les entrailles du bateau.
Je compris que j’allai participer à la croisière des damnés.
A minuit je suis venu au rendez-vous comme si rien n’était, bien que je ne pouvais restreindre la crainte qui me consumait.
« Nous partons sur le champ mon enfant » me dit il d’une voix douce qui contrastait avec le ton sévère quand il s’était adressé aux damnés.
Quand nous fûmes en pleine mer, il m’indiqua les cordonnées de notre destination.
« Mais il n’y a rien à cet endroit. J’y suis déjà allé maintes fois, ».
«  pas de question petit c’est dans le pacte ».
                        ***
La croisière dura trois jour et finalement nous arrivâmes à une ensemble d’îles, que je n’avais jamais vu auparavant, bien que je sois passé par là des dizaines de fois. L’endroit du reste est fort connu des marins, car on l’emprunte pour rentrer chez nous, lorsque nous sommes fatigués de hisser les mats, et las des biscuits qui commencent à sentir le rance. Les îles formaient un cercle serré dont l'accès semblait difficile. Le marin me guida et nous pénétrâmes à l’intérieur d’un endroit étrange. Les îles formaient une sorte d’enclos dont le centre était occupé par une mer calme à l’eau limpide et transparente.
Le marin me demanda de partir sur le champ.
-«  mon petit ce qui va suivre ne te concerne pas, prend la barque et rejoins la ville. Il y des vivres et le temps ne te posera pas de problème, va mon petit tout de suite ».
Je pris la barque et je fis mine de partir. Mais aussitôt que je fus hors du regard du marin, je revins avec la discrétion des nuages, et je m’installai derrière une grosse pierre à l’affût de ce qui allait se passer.
Mon dieu quelles visions horribles. Les damnés étaient balancés sans ménagement comme des paquets insignifiants, au fond de l’eau, puis attachés à des mats de navires.
Peut être ceux-là même qu’ils avaient fait couler jadis.
Puis des poissons horribles, des pieuvres géantes, des requins et des espèces encore plus affreuses et dont je n’en avais aucune connaissance venaient déchirer leur chair. Sur leurs visages, la souffrance traçait d’ignobles rictus. Leurs cris provoquaient des bulles qui venaient mourir sur la surface en une apothéose de cris infernaux.
Puis, leur chair se régénérait et le supplice recommençait jusqu’à l’éternité.
Je pris la résolution de partir sur le champ, mais je fus surpris par le marin.
«  Tu n’as pas tenu ta promesse on se reverra petit maintenant part et ne recommence plus, autrement je t’envoie là où tu sais avant l’heure ».
Je suis parti aussi vite que j’ai pu. J’ai ramé comme un diable. Si on peut s’exprimer ainsi.
Voilà monsieur mon histoire. Oh ne croyez pas que je sois un mauvais bougre, il est vrai que j’aime le bon whisky et que je n’ai rien fait de ma chienne de vie.
J’ai mené une vie bien dissipée, mais je sui vieux et je raconte mon histoire contre un verre de whisky surtout quand il est honorable, entre gens convenables.
                        ***
- Vous tousser encore plus fort, peut être faut il arrêter de boire.
- oh mon ami je crois que la fin approche que puis je espérer encore de la vie ?.
- monsieur ?.
- plaît-il ?.
- je crois que vous venez de mourir. Je vous vois dans le coin la bas au fond de la pièce. Vous devez partir, vous connaissez la règle, on ne regarde jamais la mort.
- ça va, je pars.
                        ***
« Mon tour est arrivé, je suis au fond chez Chergui bientôt la porte du dernier chemin s’ouvrira pour moi. Je me lève péniblement mes veilles articulations me font mal. Chergui me montre la direction de la porte. Les autres marins détournent leurs visages. On ne regarde jamais la mort. Quand j’ai traversé le seuil les effluves du néant se sont emparés de moi.
Me voilà entrain de faire la queue dans la file pour la croisière des damnés. Comme c’est étrange, le marin n’a pas changé il porte toujours le même costume blanc de marin, et cet immense et horrible bateau. Que m’importe mon sort après tout je ne suis qu’un pauvre marin qui n’a rien fait de sa chienne de vie. C’est mon tour. Le marin m’a reconnu.
«  On se retrouve mon jeune ami le curieux. C’est plus rapide qu’on ne le croit, n’est ce pas ? ».
«  finissons en s’il vous plaît mon cas n’a rien d’intéressant, et de toutes les façons je connais le sort qui m’est réservé ».
«  un petit contrôle une routine, puis vous embraquerez ».
« Attendez il y a cent livres qui vous concernent . Ainsi, vous les avez donnés à un inconnu pour sauver sa fille ».
«  attendez moi un moment ici » me lança t il.
L’homme se dirigea vers un autre bateau situé plus loin mais que je n’avais pas remarqué et revint accompagné d’un autre marin, nettement plus jeune, mais qui portait exactement le même costume blanc de marin.
Quand ils furent à coté de moi le vieux marin me souriait comme un père.
« Je crains que je ne doive me passer de votre compagnie, vous ne partez pas avec moi mais avec mon jeune collègue. ».
Le jeune homme me prit délicatement les bras et m’aida à me diriger vers l’autre bateau.
« Attendez » c’était encore la voix du vieux marin. «  C'est moi qui l’accompagne ».
«  c’est un grand honneur » me glissa le jeune marin discrètement à l’oreille.
Pendant que nous faisions le chemin ensemble, le marin me dit
«  ainsi vous aimez le Whisky fort honorable ».
Nous arrivâmes devant un bateau étincellent dont émanait un belle lumière.
« Allez monter mon jeune ami, vous serez en de bonne compagnie ».
Avant de me quitter  le vieux marin me remis une bouteille de whisky que j’ai trouvé fort honorable ».

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