Écoutez c’est à l’extérieur dans les ténèbres confuses de la nuit.
Derrière les fenêtres dérisoires et crasseuses, que cela se passe. Elles
s’élancent comme des apparitions de cauchemar chargées des tempêtes haineuses
de milliers de nuits. Elles transportent les agonies de millions de morts et
leurs odeurs nauséabondes.
Les soirs d’automnes quand un whisky honorable embrume les esprits elles
reviennent encore.
Le vieux marin dans les coins attend dans la tourmente de son cœur, la fin.
Les nuits engluées par les tempêtes a dit l’ancien sont les complices des
fantômes.
Écoutez leurs apothéoses, leurs vacarmes et leurs cris dans les enfers de la
nuit. Elles rodent dans les recoins de nos ruelles comme la peste et
franchissent les barrières ridicules de nos maisons et de nos navires.
Écoutez c’est dans les bruits des pas dans les greniers et dans les coursives
des bateaux, qu’ils s’abritent.
Nous sommes entre braves gens convenables. Dans notre refuge nous guettions les
cris du dehors, car c’est dans leurs contours que s’abritent les cauchemars.
- Vous avez peur ?.
- Ce n’est rien le whisky est fort honorable comme disait Jean Ray. Ils ne
viennent jamais ici, mais ne sortez point dehors, car embusqués dans les
hurlements de la nuit, les esprits de la mer attendent leur proie. Elles
dérobent aux océans la pourriture des damnés.
***.
Je suis comme vous mes frères de tous les ports, de toutes les mers. Je sais
qu’un jour je n’embarquerai plus et que « chez
chergui » la porte s’ouvrira pour moi et j’emprunterai le chemin de la
fin.
Vous qui ne prenez jamais la mer, et n’en affrontez pas les vagues coléreuses,
ouvrez moi votre cœur et je vous raconterai des histoires issues de la
profondeur mystérieuses des océans et de ses houles, des nuits noires serties
de diamants étincelants.
Je vous les raconterai avant qu’à mon tour s’ouvrira pour moi la porte du
dernier chemin chez Chergui.
Ah que la mer nous attire, et nous ramène toujours au même rivage.
***
Nous voguions au large, soulevé par des vagues si énormes qu’elles semblaient
vouloir nous avaler.
Le froid nous mordait le corps et de nos mains gelées, nous tirions sur les
cordes pour hisser les voiles du grand mât.
Un vieux marin les mains blêmes, le teint terreux, dégageant la mort, s’était
blotti dans les confins du grand pont.
J’ai voulu le rejoindre.
- Oh là mon petit celui-là a pris le
chemin de la fin chez Chergui me dit le capitaine.
Je crois que c’était la première fois que j’entendais ces mots :
« Chez Chergui le chemin de la fin »
Lorsque la mer se calma, nous confiâmes son corps
aux profondeurs de l’océan. Mes amis mes frères matelots de toutes les mers,
nous nous retrouverons toujours chez Chergui avec les mêmes angoisses et les
mêmes incertitudes pour qui la porte de dernier chemin s’ouvrira.
Je vous l’ai déjà dit le la de la mer, les histoires les plus incroyables je
vous raconterai.
Nous venions juste d’accoster pour reposer nos corps meurtris par toutes ces
journées passées dans le grand large. Un vent glacial soufflait à travers les
rues, il nous poussait de sa vigoureuse étreinte chez Chergui, une taverne pour
marins fatigués.
À table nous nous racontions des histoires de la mer pour éloigner notre
désespoir et nos craintes. Nous buvions un whisky fort honorable à la couleur
d’or. Le whisky mes amis c’est le refuge de la misère.
Je le vis, comme je vous le raconte mes frères. Je l’ai vu recroquevillé dans
un coin, le vieux marin que nous avions abandonné au hasard des flots. Un
frisson glacial de peur me parcouru et de mes yeux hagards la frayeur
jaillissait comme des dards empoisonnés. Son teint avait viré vers le vitreux
- Oh là mon petit me dit le capitaine
celui a emprunté le dernier chemin chez Chergui comme je te l’avais dit.
Les autres lui tournaient le dos. On ne regarde jamais la mort.
Lui tremblant puant la solitude et la mort, comme si un froid glacial le
consumait de l’intérieur. Chergui ouvrît la porte et nous vîmes un extérieur
ayant les profondeurs sombres des abîmes. Le vieux marin se leva en tremblant
et emprunta le chemin de la fin chez chergui.
Chez Chergui le chemin de la fin, ces mots mes amis, volent comme des corbeaux,
ils sont dans tous les ports, on leur ferme nos coeurs, mais on finit par les
rejoindre un jour chez chergui.
Je vous l’ai dis mes frères de toutes les mers un jour chez chergui la porte du
dernier chemin s’ouvrira pour l’un de nous.
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